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  • ericschemoul2

La lecture, ou l'art de sculpter le silence

Dernière mise à jour : 15 mai 2023

Est-il est possible de sculpter le silence avec des mots ? La réponse, a priori, est non. Car qui profère une parole abolit le silence.

Et pourtant, dans le livre des Rois, il est question, pour évoquer la parole divine, « d’une voix de fin silence. » (Rois, XIX,12)

« Et tout le peuple voit les voix… » (Exode,XX,18)

Les voix sont visibles et la parole est silence !

 

Mais c’était dans le désert, à l’époque du buisson ardent !

Aujourd’hui, ce n’est qu’à travers la littérature, à mon sens, que les mots peuvent sculpter le silence.

 

Que l’on songe un instant à Raskolnikov, dans Crime et Châtiment de Dostoïevski, dont la voix, les idées chaotiques, le délire raisonnant et la raison irrationnelle nous hantent, à tel point que cette voix presque familière se met à supplanter notre monologue intime, comme s’il s’agissait de notre pensée propre. 

Alors, peut-être la parole du personnage sculpte-t-elle vraiment notre silence intérieur, par une sorte d’effraction sauvage ; elle le meuble, l’envahit, le hante, le repoussant aux marges de l’existence terrestre. Le silence se glisse dans l’entre-mots, à chaque respiration, la parole de l’auteur se réfracte en nous et c’est le silence de notre âme qui en devient la ponctuation, ces fragments d’entendement pur, cet incroyable sentiment de vérité qui nous subjugue : « J’aurais pu écrire cela ! » se dit-on alors.

  

On referme le livre. On entend encore l’écho de cette voix qui nous a accompagné tout au long de ce chef-d’œuvre, cette « voix de fin silence ». 


Un livre a pris feu en nous, ses derniers tisons s’éteignent, les personnages s’enroulent dans la fumée, les dernières voix de ces fantômes à présent miroitent dans le silence.


Image : Matthias Stom ; Jeune homme lisant à la lumière d'une chandelle




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